L’empreinte lotoise. J’ai
commencé à écrire de la prose sur ces lieux que je reconnais fondateurs de mon
écriture poétique. Dire aujourd’hui que le poème n’est pas qu’un fait de
langue. Dans la manière dont l’objet, ce dont nous voulons parler, nous
résiste, développe son inertie de réel,
la terre, la pierre des causses, ou tout sujet qui nous tient, dans la
façon dont les choses, les lieux, les visages, les corps s’opposent à la
facilité de dire, ruinent toute virtuosité, nous rendent sujets muets,
étrangers à nous-mêmes, désemparés, privés de mots, se forge une langue
poétique. Je ne cesserai de dire qu’avant tout la poésie est une expérience
humaine. Le langage poétique n’existe que lorsqu’il façonne sa propre humanité.
Alors apparaît peut-être la possibilité qu’une langue soit différente, qu’elle
trouve (c’était le mot des troubadours) , confrontée au « monde
muet » des lieux, des choses, des êtres, une singularité de dévoilement, qu’elle donne ainsi, âpreté de la langue qui
tente de parler l’âpreté des lieux,
parole au monde, aussi bien révolte qu’amour. (F. Garros)
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